Chroniques
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Les mots endigués

Publié dans la revue MAG2000 d'avril 2010

Publié le 24 août 2011

J'ai connu François autour d'une table d'amitié heureuse. Il était venu à Trois-Rivières pour des raisons professionnelles. Installé dans les premiers quartiers de la cité de Laviolette, il me racontait son réel plaisir à découvrir les textes poétiques imprimés sur les vieux murs et maisons de sa ville d'adoption. Ayant quitté la famille temporairement pour gagner son pain, la poésie apportait une saveur toute fruitée au charme de ses errances urbaines. Le mariage original de l'écriture gravée sur l'architecture patrimoniale stimulait son imaginaire et c'est ainsi que la poésie lui est entrée dans la peau.

Artiste dans l'âme, il peignait déjà en dilettante. Mais la poésie est venue le chercher par le cordon du coeur. Il se découvrait un intérêt marqué pour les ouvrages en vers, les haïkus et autres formes d'écriture. Il avait une envie folle de laisser sa plume noircir les pages blanches. Mais les règles et les structures de formes prédéterminées le paralysaient.

Étant moi-même une passionnée de la création spontanée, j'ai provoqué François en lui proposant, non sans humour, de ne pas s'embarrasser de règles mathématiques pour calculer les pieds des vers et le nombre de syllabes, afin de libérer le flot d'encre de ses mots endigués.

Il apprit progressivement à faire taire le saboteur afin de céder à la pulsion créatrice. De plus, sa présence assidue aux innombrables lectures et récitals annuels du Festival international de la poésie lui fit connaître une foule de poètes venus du monde entier et enrichit son héritage sémantique.

Son plaisir d'écrire ne cessant de croître, par le biais d'internet, il s'affilia à des groupes de poètes en Europe. C'est ainsi qu'un de ses poèmes fut publié dans une anthologie française et un de ses haïkus participa à un collectif édité en Bretagne.

De retour au Saguenay natal, François Drolet, poète autodidacte, publiera à Jonquière, un recueil de ses textes créés sur cinq ans d'exil créatif. Cette oeuvre initiale dont j'ai accepté d'écrire la préface pourrait aussi s'intituler « Prémices et variations sur une quinte ». Mais je vous laisse le plaisir de la découvrir, car ce Trifluvien de coeur et son éditeur ont convenu de faire un lancement à Trois-Rivières ce printemps, afin de rendre hommage à cette ville-muse qui a inspiré l'éclosion d'un nouveau talent.

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